La fonction d’Échanson a existé de tout temps, et de tout temps elle a été hautement considérée.

Il est vrai, noblesse oblige, qu’au plus haut que l’on puisse remonter dans l’Histoire, on se trouve conduit tout droit … dans l’Olympe. Ce fut initialement la gracieuse Hébé, fille de Zeus et de Héra, qui eut la charge de verser le nectar aux dieux. Mais chutant devant eux, elle ne put surmonter sa honte et n’osa plus paraître. C’est alors que Zeus choisit un prince Troyen, d’une grande beauté, Ganymède, pour succéder à Hébé. Ganymède fut donc le premier Échanson. Homère relate que Ganymède est réputé être le plus beau des mortels.

La charge existait en Égypte (Genèse 40:5 Joseph interprétant les rêves de Pharaon – « Pendant une même nuit, l’échanson et le panetier du roi d’Égypte, qui étaient enfermés dans la prison, eurent tous les deux un songe, chacun le sien, pouvant recevoir une explication distincte »).

L’échanson était choisi parmi les officiers de haut rang pour verser à boire aux monarques d’Égypte, de Perse, d’Assyrie, de Judée. Il fallait en effet des hommes de confiance pour éviter les intrigues possibles ou les risques d’empoisonnement. Certains étaient même tenus de goûter le vin avant de le servir.

En France, le premier Échanson dont le nom soit connu est sans doute Saint Benoît d’Aniane. Fils d’Aigulfe, comte de Maguelone, il avait été Échanson de Pépin et de Charlemagne, avant de devenir abbé et premier réformateur de l’ordre de St Benoît.

Avant que l’Échansonnerie soit établie dans les Maisons princières ou royales, l’officier chargé de l’intendance du vin à la table du roi ou du prince laïque ou ecclésiastique était le Bouteiller.

Le Bouteiller de France ou Grand Bouteiller ou « buticularius » du Moyen-Âge est nommé pour la première fois avec certitude dans un diplôme royal de 1043. Le bouteiller est le successeur du « magister pincerarium » des époques gallo-romaines et mérovingienne.

Sous les premiers Capétiens, le Bouteiller fut, avec le Sénéchal et le Chancelier, l’un des trois grands officiers de la Couronne.

L’importance que la charge prit au XIIe siècle doit, sans aucun doute, être attribuée à la famille de la Tour de Senlis qui posséda l’office héréditairement jusqu’au milieu du XIIIe siècle. En outre, la valeur personnelle du Bouteiller Jean d’Acre de Brienne sous le règne de Philippe III le Hardi, contribua à développer l’importance de la charge au XIVe siècle.

Le Bouteiller avait l’administration des vignobles du domaine royal, la juridiction sur les brasseurs et les marchands de vin. Il siégeait à la cour du roi, il eut ensuite la présidence de la Chambre des Comptes.

Au XIVe siècle, il est chargé de la garde, au Louvre, du trésor et des joyaux de la Couronne.

Charles V donna au Grand Bouteiller le droit d’accorder des lettres de rémission et de pardon.

A la fin du XVe siècle, le Grand Bouteiller fut remplacé par le Grand Échanson. La charge, abolie par la Révolution, rétablie par Louis XVIII fut définitivement supprimée en 1830.

L’Échanson était un officier chargé de verser à boire au roi, aux princes couronnés ou aux grands personnages après avoir, selon la coutume fait l’essai de « crédence » (goûté personnellement le vin pour s’assurer de sa qualité et de l’absence de poisons).

Au XIIe siècle, l’échanson est nommé « pincerna scantio » (du bas latin) et au XIIIe siècle, « scancionarius ». Les Échansons de la maison du roi étaient placés sous l’autorité supérieure du Grand Bouteiller de France qui était l’un des tout premiers dignitaires du royaume et sous l’autorité immédiate du Grand Échanson.

Dès le règne de Saint-Louis, le Grand Échanson devient un personnage important qui n’a plus rien à voir avec le service effectif du cellier royal. Au XIIIe siècle, la maison royale comptait quatre Échansons à qui revenait la charge d’acheter le vin et de percevoir la redevance du « hauban » qui, à l’origine était payé en nature, c’est-à-dire en vin.

Le corps des Échansons affectés au service ainsi que le lieu où la distribution était faite se nommait l’Échansonnerie.

Les temps modernes ont vu la disparition de la charge d’officier de bouche, et d’échansonnerie dans les grandes maisons mais subsistent encore les maîtres-d’hôtel et les sommeliers dans les établissements publics, les maîtres-d’hôtel seulement dans les maisons particulières.

Les attributions des sommeliers ne sont plus exactement les mêmes que par le passé où elles comprenaient outre la cave et le cellier, la charge du linge, de la vaisselle et de toutes les provisions de bouche. Dans les maisons seigneuriales ou royales on distinguait les sommeliers de paneterie et les sommeliers d’échansonnerie. Le sommelier de paneterie apportait et plaçait sur la table la « nef » où étaient enfermés la salière, la serviette et les couteaux-tranchoirs. Le sommelier d’échansonnerie était chargé de l’aiguière et de deux vases d’argent, l’un pour le vin, l’autre pour l’eau. Il y avait aussi un sommelier d’armes dont la charge se confondit avec celle de Grand-Écuyer.

Bouteiller, Échanson, le titre comme la fonction ont disparu. Dans une certaine mesure, les courtiers, négociants-éleveurs, représentants sont devenus les échansons modernes, chargés de sélectionner, pour leurs mandants, les clients-roi… les vins qui tous, quel qu’en soit le prix, doivent être de qualité parfaite dans leur catégorie. Malgré la différence des rapports, il reste toujours la façon noble d’exercer une profession, un métier.

Le Conseil des Échansons de France est justement né d’une élite de ces professionnels du vin, auxquels se sont joints des restaurateurs et des « amateurs passionnés ». Cette élite de professionnels est consciente des responsabilités qui incombent aux indispensables intermédiaires de la viticulture et des consommateurs.

Le Conseil des Échansons de France se définit comme une sorte de synthèse de toutes les confréries vineuses de France, avec mission de promouvoir les vins les plus authentiques.

Aujourd’hui, le Conseil des Échansons de France est une Confrérie Bachique. Propriétaire du Musée du Vin à Paris, le Conseil des Échansons de France a été créé en 1954. Il a pour but la défense et la promotion des meilleurs vins issus de nos terroirs.

Parmi les fondateurs figuraient de célèbres restaurateurs, et marchands de vins parisiens… Ils sont aujourd’hui plusieurs milliers, professionnels et amateurs éclairés qui, à travers le monde, représentent la confrérie.

L’Échanson est, selon une authentique tradition, celui qui verse à boire.

Gardiens de la tradition, les membres du Conseil des Échansons de France, incarnent aujourd’hui le savoir et l’expérience de leurs illustres prédécesseurs. Ils ont pour vocation de veiller au maintien du savoir-faire et de la qualité qui font la renommée universelle des vins Français.

Sa Devise :
« Le bon vin fortifie le corps de l’homme »
« Bonum Vinum laetificat cor hominum »

La tenue de cérémonie des Échansons est inspirée des costumes de l’époque du Roi LOUIS XI, Elle se compose d’une longue robe couleur lie de vin et bleue, et d’un chapeau, pour les membres portant la tenue d’apparat.

Afin de rejoindre la confrérie des Échansons, les impétrants sont invités à prononcer le JUREMENT DE L’ECHANSON.

Les médailles remises aux impétrants intronisés, sont dorées et ornées d’un petit taste vin pour les « Maistres Échansons » et les «Grands Bouteillers» et argentées pour les « Compaignons Échansons »

Ce texte a été réalisé à partir d’extraits des archives de Jean-Jacques Hervy.

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